Attaques, absences, lapsus… On a regardé le multiplex des régionales


Treize régions, Treize débats. Mercredi 9 juin, la chaîne France 3 a utilisé tous ses décrochages régionaux pour une soirée de discussions entre les différents candidats aux prochaines élections régionales, qui auront lieu les 20 et 27 juin prochains. Nous nous sommes postés devant nos écrans pour en regarder une grande partie.

Ile-de-France : « Bienvenue au XXIe siècle »

Mais où est passé Jordan Bardella ? Grand absent du débat, le jeune loup du RN s’est fait remplacer par un Wallerand de Saint-Just volontaire mais un brin déphasé. D’emblée, le trésorier du RN, élu régional sortant, veut montrer les dents face à Valérie Pécresse mais s’emmêle les pinceaux en l’accusant d’avoir « baissé les investissements de 108 millions de francs en 2016 ». Réplique de la présidente sortante : « On est en euros, monsieur. » « Bienvenue au XXIe siècle », ajoute même la candidate LFI, Clémentine Autain.

Passé ce lapsus monétaire, le débat donne lieu à la confrontation de projets attendue. Au centre des attaques, Valérie Pécresse défend son bilan, ses 30 000 caméras de surveillance, ses aides à la jeunesse sous conditions. « J’ai fait le choix du travail, pas de l’assistanat », claque-t-elle à Julien Bayou, interdit par autant de « mépris » à l’égard des étudiants. Laurent Saint-Martin, le candidat LREM, vante, lui, le « quoi qu’il en coûte », « la politique sociale la plus ambitieuse depuis des décennies », tout en servant un discours pro-business. A Clémentine Autain, qui veut conditionner les aides au secteur privé à des critères écologiques et sociaux, il répond qu’« il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises entreprises ».

A gauche aussi, chacun défend son pré carré. A Julien Bayou, la promesse d’une écologie créatrice d’emplois et le soutien aux femmes harcelées dans les transports. Pour Clémentine Autain, les cantines gratuites pour les plus modestes, la défense de l’hôpital public, « l’égalité, le lien, le soin ». A Audrey Pulvar, la gratuité des transports en commun. C’est sa proposition phare, une mesure « écolo et de pouvoir d’achat » qu’elle compte financer avec une taxe sur le transport routier rendue possible par la loi climat fraîchement votée. « La gratuité, c’est une illusion antiécologique », estime Valérie Pécresse. A dix jours du premier tour, c’est elle qui est donnée gagnante par tous les sondages.

Entre polémiques et mauvais sondages, la campagne galère d’Audrey Pulvar

Occitanie : « Une menace pour notre pays »

Cette terre socialiste peut-elle basculer ? Se donner à l’extrême droite ? C’est l’enjeu de cette élection en Occitanie. Tous les sondages publiés dans cette campagne prédisent un duel serré au premier tour entre la sortante socialiste, Carole Delga, et le candidat soutenu par le RN, Jean-Paul Garraud. Dans ce débat, on sent bien que c’est entre eux que ça se joue, que ces deux-là sont des adversaires déterminés. « Un sondage, c’est une indication. Il faut garder la tête froide. Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait le moins de voix possible pour l’extrême droite. C’est une menace pour notre pays », assène la présidente sortante de cette région de près de 6 millions d’habitants. « Tout le monde sait qu’une élection se gagne sur une dynamique. La dynamique est là. Mme Delga dit qu’elle veut faire barrage à l’extrême droite. Je ne suis pas d’extrême droite », réplique l’ancien député UMP, élu depuis eurodéputé sur la liste du RN et désormais tête de liste régionale de cette formation.

C’est une des particularités de ce scrutin : la droite, ou plutôt les anciens de droite sont partout. Aurélien Pradié se présente pour Les Républicains. Pugnace, il ne l’a pas caché dans ce débat : « Je suis de droite, je n’en ai pas honte » ou « je crois en une valeur qui s’est perdue en politique : la fidélité ». Un tacle contre deux concurrents : Jean-Paul Garraud, donc, mais aussi Vincent Terrail-Novès, ancien de la droite lui aussi, qui se présente avec le soutien de La République en Marche.

Aurélien Pradié, le cerveau gauche de la droite

La gauche, elle, est divisée. Quelques projets locaux, comme le développement de Port-la-Nouvelle, opposent socialistes, écologistes et « insoumis », ce qui s’est vu pendant ce débat, sans que cela semble un obstacle au rassemblement au second tour. « Le moment de l’alternance est venu. Le système socialiste est terminé », a prédit, en conclusion, Jean-Paul Garraud. Tranquille, car les sondages prédisent tous sa réélection au second tour, Carole Delga a promis aux électeurs : « Je suis là pour vous protéger. »

Provence-Alpes-Côte d’Azur : « On va boire des coups en terrasse »

Disons-le, ce débat était un joyeux bordel. La voix des journalistes résonnait dans la bibliothèque de l’espace Philippe-Seguin de Sciences-Po Aix. Et pendant dix longues minutes, les téléspectateurs ont pu entendre des sirènes de voitures de police en fond sonore. Il y avait quand même un enjeu, et non des moindres : la région est en passe de tomber aux mains du Rassemblement national de Marine Le Pen, grâce à Thierry Mariani, mais aussi en raison de l’imbroglio politique entre LR et LREM qui a plombé Renaud Muselier, président sortant Les Républicains.

Muselier, Falco, Estrosi : le trio infernal de la droite provençale

Du coup, les cinq candidats présents – Thierry Mariani et Renaud Muselier, mais aussi Noël Chuisano de Debout la France, l’écolo de gauche Jean-Laurent Felizia et l’écolo du centre Jean-Marc Governatori – ont passé les quinze premières minutes à débattre du dernier sondage qui donne le candidat RN vainqueur au second tour, quelles que soient les configurations. Renaud Muselier a jouté avec les journalistes. « Je ne suis pas soutenu par La République en Marche. Si, vous l’êtes. Non. Si. Non. » Thierry Mariani a, lui, pu savourer l’enquête d’opinions sur les priorités des habitants de Paca : la délinquance (59 %), l’immigration (37 %) , le chômage (22 %), l’environnement (21 %) et enfin le Covid (19 %).

Pro-russe, pro-syrien et en passe de rafler la région PACA : enquête sur Thierry Mariani, le mercenaire du RN

Quant à la gauche, se retirerait-elle au second tour pour faire front face à l’extrême droite ? Jean-Laurent Felizia a refusé de reconnaître que ce front républicain pourrait ne pas jouer à plein au second tour. En effet, même pas la moitié des électeurs de gauche seraient prêts à voter pour Renaud Muselier. Les candidats ont quand même débattu sur les transports, le tourisme, la culture, les lycées et l’emploi. Et Muselier avait presque retrouvé le sourire à l’heure de quitter le plateau de France 3 Paca : « Vive la vie, vive la politique ! On va boire des coups en terrasse jusqu’à 23 heures. Mais je reviendrai ! »

Hauts-de-France : « Des dinosaures attendant la météorite »

Sur les anciennes terres minières en déshérence des Hauts-de-France, c’est l’éolien qui a provoqué les plus gros clashs de la soirée. « Ici, dans le passé, c’était le tout-charbon », a d’emblée rappelé le candidat de la liste Lutte ouvrière, Eric Pecqueur. Depuis, des éoliennes ont poussé près des anciens corons. « Dans notre région, elles se concentrent à 52 % dans les territoires pauvres », a déploré José Evrard, le candidat de Debout la France.

Sébastien Chenu, le candidat du Rassemblement national, en a profité pour mitrailler Xavier Bertrand, le président sortant avec qui il est au coude-à-coude dans les sondages au premier tour : « 25 % de l’éolien [français] est concentré dans notre région. Des maisons sont dévaluées, cela abîme le paysage : c’est une escroquerie ! […] Vous ne vous êtes pas battus depuis six ans contre l’éolien, aujourd’hui vous vous retrouvez devant vos opposants. » Réplique de Bertrand, qui n’a guère goûté la critique de son bilan : « Moi, je sais pourquoi je vous combats. J’ai une raison particulière, barrer la route au RN. » Mais, sur le fond, il est sur la même ligne : « L’éolien, basta, terminé. Le nucléaire, on continue. Je veux me positionner dès maintenant pour avoir deux EPR. »

« Il est devenu l’homme à abattre » : comment l’Elysée veut faire tomber Xavier Bertrand

Comparant ses interlocuteurs à « des dinosaures attendant la météorite », la candidate écolo Karima Delli, qui dirige la liste d’union de la gauche, a déploré une région « dernière en matière de transition écologique ». Créditée de 20 % des intentions de vote, elle a aussi regretté que Xavier Bertrand ait l’Elysée en ligne de mire. « Son problème, c’est qu’il est surtout candidat à l’élection présidentielle, pas vraiment à la région », a renchéri le candidat macroniste Laurent Pietraszewski, que les sondages donnent péniblement à 10 % des intentions de vote, malgré les quatre ministres dépêchés par l’Elysée pour le soutenir. Ce à quoi Bertrand a répondu, avec aplomb :

« Si je dirige la France, je dirigerai du même coup les Hauts-de-France. »

Pays de la Loire : « Nous serons alliés au soir du premier tour »

Dans les Pays de la Loire, flotte comme un parfum de politique nationale. Symbole de l’évolution de la macronie, s’affrontent d’abord deux anciens collègues aux trajectoires opposées : un ex-EELV passé chez LREM, François de Rugy, et un ex-LREM aujourd’hui soutenu par EELV, Matthieu Orphelin. Lequel devance dans les sondages le candidat socialiste, Guillaume Garot, comme souvent à gauche désormais. De même, le RN, par l’intermédiaire de l’eurodéputé Hervé Juvin, gagne inexorablement du terrain. Enfin, la présidente sortante Les Républicains, Christelle Morançais, sait qu’elle ne pourra conserver son siège sans faire d’alliances.

François de Rugy, la chute d’un écolo mal-aimé

D’alliances, il en est justement question dès les premières minutes du débat. « Nous serons alliés avec la liste de Guillaume Garrot au soir du premier tour », assure Orphelin. Garrot acquiesce. C’est clair, net et précis. Il faut dire que l’union du socialiste et de l’écologiste, auquel les « insoumis » ont également apporté leur soutien, est donnée gagnante dans les enquêtes d’opinion. EELV est en passe de diriger une région… à moins de voir naître un attelage LREM-LR en vue du second tour, mais leurs deux représentants préfèrent attendre le verdict des urnes du 20 juin avant de se prononcer.

Néanmoins, les lignes de fracture sont déjà claires. La possible implantation d’Amazon dans la région ? Orphelin et Garrot y sont opposés au nom de « la défense du commerce de proximité », quand Rugy et Morançais y sont favorables car, disent-ils, 1 500 emplois seraient ainsi créés. Un revenu minimum pour les moins de 25 ans ? Bien sûr, répondent les premiers, alors que les seconds crient à « l’assistanat ». Juvin, lui, joue sa propre partition. Il est, par exemple, le seul à s’opposer aux éoliennes, « une escroquerie technologique » à ses yeux. Devant la perspective des marchandages, il a « le sentiment d’être le représentant de la véritable alternance ». Même si les Pays de la Loire paraissent encore loin de vouloir se donner au RN.

Bourgogne-Franche-Comté : « Crise de l’ensauvagement »

La police et le vent… Ni l’un ni l’autre ne relèvent de compétences régionales mais ces deux thèmes ont animé les débats entre les candidats de Bourgogne-Franche-Comté. Alors que les échanges portaient sur la jeunesse, le RN Julien Odoul, 36 ans, a vite dévié sur la « crise de l’ensauvagement », prôné le recrutement d’agents armés dans les gares et contesté les crédits donnés aux quartiers en difficulté. Du coup, la présidente socialiste sortante, Marie-Guite Dufay, a vanté son plan sécurité dans les lycées et défendu ses subventions : « Qu’est-ce qui se passerait si nous n’avions pas mis de crédits sur les associations qui travaillent sur l’emploi des jeunes ? » « La sécurité a été son angle mort ! », a accusé le LR Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, tandis que le candidat LREM Denis Thuriot, élu à Nevers, rappelait que la région n’a pas le pouvoir de police.

Julien Odoul, le caméléon du Front

Elle ne gère pas non plus les éoliennes. Cela n’a pas empêché chacun d’y aller de son couplet. Stéphanie Modde, l’écolo, les a défendues. Mais Platret, a tranché, définitif : « 70 à 80 % des habitants sont contre, c’est fini l’éolien ! » Odoul a même promis de les démonter : « Une question de volonté », a-t-il asséné, sans dire comment il comptait procéder. « Le RN fait beaucoup de vent, ça relève de l’Etat », lui a répondu Thuriot.

Quant aux alliances éventuelles en vue du second tour, qui s’annonce serré, la socialiste a dit vouloir rassembler sa « famille », la gauche, LFI compris ; le « marcheur » a exclu toute entente avec le candidat LR, allié dans cette région à Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan : « C’est pour moi rédhibitoire. » La tête de liste LR, elle, a assuré qu’il n’était pas question d’un rapprochement avec le RN : « Jamais, je ne travaillerais avec quelqu’un qui rigole de la mort des agriculteurs », a dit Platret, rappelant les propos révélés par « Libération » et attribuant au candidat de Marine Le Pen une plaisanterie sur le suicide d’un agriculteur. Lequel assure aujourd’hui qu’il parlait d’un loup…

Bretagne : « Les petites alliances tuent l’écologie »

En Bretagne, deux duels étaient particulièrement attendus, mercredi soir. Le premier opposait les deux « héritiers » de Jean-Yves Le Drian, qui fut longtemps l’homme fort de la région. Donnés au coude-à-coude dans les sondages, Loïg Chenais-Girard, le président socialiste sortant, et son ancien vice-président chargé de l’environnement, Thierry Burlot, qui porte désormais les couleurs de la majorité présidentielle, ont tenté d’afficher leurs différends. Non sans mal : les deux hommes, longtemps membres de la même majorité, étant comptables du même bilan.

Burlot a bien tenté de s’ériger en défenseur des campagnes et des petites villes bretonnes, par opposition à la métropole rennaise, accusée de capter toutes les richesses : « Je veux faire de la Bretagne une terre d’équilibre. » Mais l’échange s’est surtout limité à une querelle de chapelles, le premier assumant sa fidélité aux couleurs socialistes, quand le second a revendiqué à plusieurs reprises l’héritage du « Menhir », avant d’accuser son rival de vouloir s’allier avec EELV. Quel serait l’allié naturel de Thierry Burlot ? « Loïg Chenais-Girard, bien sûr », a-t-il répondu, invitant le socialiste à le rejoindre plutôt qu’à se rapprocher des Verts. « Le rassemblement, c’est moi ! ».

Des écologistes, il fut beaucoup question dans l’autre principal duel de la soirée. Alors que le modèle agricole breton est confronté à des critiques grandissantes, en raison de ses ravages sur l’environnement, Claire Desmares-Poirrier, cheffe de file de la liste conduite par EELV, et l’écologiste Daniel Cueff, qui mène, lui, une liste « hors parti », ont étalé leurs différences. Pas tant sur le fond, là encore, qu’en termes de stratégie politique. L’agricultrice bio a redit qu’elle regrettait que son adversaire ait refusé sa main tendue et la division du camp écolo. « Les petites alliances entre partis tuent l’écologie, et ne font pas avancer l’écologie concrète sur le terrain », a riposté l’ancien maire de Langouët, n’affichant pas le moindre regret malgré la faiblesse des intentions de vote qui lui sont prêtées dans un récent sondage : 4 %, contre 12 % pour la liste de Desmares-Poirrier.

Auvergne-Rhône-Alpes : « Le budget sécurité, c’était zéro euro »

La sécurité ! Depuis des semaines, Laurent Wauquiez, président LR sortant d’Auvergne-Rhône-Alpes, fait campagne sur ce thème porteur pour la droite. Et c’est donc sans trop de surprise qu’il a continué d’appuyer sur cette pédale sécuritaire lors du débat des régionales organisé dans l’opéra-théâtre de Clermont-Ferrand. D’entrée de jeu, surfant sur un sondage proposé par la chaîne qui place la délinquance comme « le » sujet le plus préoccupant aux yeux des habitants de la région (44 %), l’Auvergnat est parti au quart de tour. Archi-favori du scrutin, Wauquiez a fait l’éloge de son bilan en la matière (« Quand je suis arrivé à sa tête, la région ne s’occupait pas de sécurité : le budget sécurité, c’était zéro euro. ») et déroulé ses propositions phares : plus de police ferroviaire, recours à la reconnaissance faciale contre les criminels, déploiement de caméras dans les cars scolaires et, pour finir, la suppression pure et simple des aides de la région aux délinquants multirécidivistes.

Dépassée sur sa droite, Andréa Kotarac, le jeune candidat du Rassemblement national (qui, rappelons-le, était encore il y a peu un cadre de La France insoumise) a semblé bien en peine. Se contentant de rappeler son ambition de lancer « un plan Marshall contre les violences faites aux femmes » ou, en fin d’émission, de réaffirmer son envie de créer un « référent sécurité » dans chaque lycée.

Si le représentant de la majorité présidentielle, le député LREM Bruno Bonnell, a refusé la surenchère et préféré apparaître comme le candidat de l’apaisement, l’ex-ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem a, de son côté, attaqué frontalement l’ancien patron des Républicains sur bon bilan : « Les faits de délinquance, sous votre mandat, ont augmenté de 20 %. […] Vos mesures, tout ce dont vous êtes si fier, ont été inutiles et inefficaces. » En face, droit dans ses bottes pendant une heure et demie, Laurent Wauquiez n’a jamais semblé déstabilisé. « Ma seule obsession, c’est d’agir », a-t-il lâché. Il se murmure pourtant que l’intéressé en a une autre : obtenir une victoire la plus large possible qui lui permettrait de se (re) placer dans la course à 2022.



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